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La fille et le jeune homme vacillant [partie 5]

 
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spock27
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MessagePosté le: Ven 7 Jan - 19:48 (2011)    Sujet du message: La fille et le jeune homme vacillant [partie 5] Répondre en citant

C’est un autre jour, c’est une autre nuit et je rêve.

Il serait facile de situer la femme, montrer sa chambre (fatalement belle), de refermer sa fenêtre, remonter sa couverture, chasser l’insecte nuisible et repartir sans bruits, aussi silencieux que le songe qui la berce ou la tourmente. Matière de vide qui se déroule néanmoins indéfiniment. Entretemps, quelque chose est mort  en elle et quelque chose renaît et se reconstruit. Même pendant la nuit, des ordres oppressent son corps, comme les orages furtifs qui menacent d’éclater et qui jouissent de leurs pouvoirs.

*

  
La jeune fille est effectivement dans sa chambre, les draps épousaient son corps, vieux complices de velours. Il n’y a ni froid, ni animaux nuisibles, que des livres, des meubles, un lit, quelques poussières, une lumière de matinée qui éclabousse doucement  tout de matière et qui bien qu’à cette heure, est encore tamisée, teinte en profondeur les premières pensées. Drôle quand même que cette sensation du matin quand enfin, elle se décide et se lève. Quand on a rien à faire, que d’apprendre à oublier qu’on a le temps tout à soi. Le temps semble avoir une propre présence, devenant un personnage à amadouer. De fait, elle se rend dans une autre pièce où elle déjeune, par nécessité, comme une petite défaite. Puis l’urgence la surprend et elle dépose, bol et tasse dans l’évier, s’habille d’un rien et sort. Elle s’engouffre dans le froid au dehors et ressent à nouveau ce trop plein de vie. Même si, dans les brumes du matin, ses pas se font d’abord hésitants, elle se laisse aller, se laisse traverser par la ville. La cité a ceci de particulier de gronder indéfiniment. Quel ravissement à chaque matin, cet avion qui trouve le ciel, ces inconnus toujours rencontrés et qui resteront pures mystères. Il y a également les pensées, qui s’invitent, tantôt bouillonnantes, tantôt marais calmes et glabres. La fille se rend à la bibliothèque, celle avec une grande baie vitrée.

A peine entrée, il commence à pleuvoir, pluie atroce car si dense. Le long de ces parois de verre, on peut s’asseoir en se frayant un chemin parmi les silencieux lecteurs et se plonger dans un autre monde, les doigts de ces gens filant le long des colonnes, grappillant des informations, de quoi se nourrir l’esprit, ou, comme elle, être juste là pour s’occuper.  Il y avait là autour d’elle, au-delà des faits scientifiquement recueillis, tant de légendes qui n’existent que sur papier et qu’il suffit de relire pour les faire revivre. Tant de vie sous tant de mots, quel lieu étonnant. Comme une île ou enfin reposer ses âmes. La jeune fille se repose, tandis qu’autour d’elle le monde continue à vaciller dans un matin qui jamais ne semble finir.  

*

  
Ce qu’il y a de bien avec cette bibliothèque, c’est que personne ne te fait chier. C’est calme, il y a des livres. En plus ici, juste devant la baie vitrée, avec cette vue magnifique sur ce jardin intérieur, on peut disposer d’une rangée de fauteuils avec à chaque fois, une petit table. C’est si cosy. Nous sommes dans la section des archives des périodiques. C’est bien pensé !

Je suis bien ce matin. Je suis bien enfin. Je vais mieux quoi. Dingue d’avoir rencontré l’autre dans ce parc. D’avoir parlé de si intimes façons. Parfois, je me dis que c’était un peu trop. Et d’y avoir pensé encore une fois, me rappelle le jeune homme. J’en pleurerais. Car d’une certaine façon, le jeune homme triste, qu’est-ce que je l’aimais. Mais si je pleure là maintenant, entre le vieil homme perdu dans sa lecture et la bibliothécaire plongé dans ses registres derrière le comptoir, alors oui ! je crois que je pleurerais des larmes de bonheur. Car au fond de moi, je me sens mieux. Rien que le soulagement de sentir cette bouffée de sensations en moi qui s’estompe est agréable. J’ai les yeux embués, je plane un peu. Ici, on nous permet enfin de ne pas prétendre avoir à faire.

Ca fait maintenant, une heure que je tripote cette revue. Eminente revue qui ne méritait pas un tel traitement. Prestigieux articles que j’avais lus en diagonale, m’attardant sur des génies trop vite décédé. Pergolèse et son Stabat Mater, Vivaldi et sa coiffure de roux couronnée. J’avais tout lu et à présent, je ruminais. Je pense à la fille, je pense au parc. Je regrette que nous nous sommes quittés ainsi, sûrs de de revoir car nous étions du coin. Je ne passe quand même pas ma vie dans ces allées vertes ; enfin, je pense (je souris). Bien sûr, nous nous étions vu au détour d’une rue, on avait pris le café, mais une semaine avait passée depuis.

Je me lève mais il y a, sans doute à cause de l’heure, un afflux de gens,  ceux arrivant, postposant l’heure pour manger et d’autres y pensant. Je remarque également du coin de l’œil, le vieil homme qui se lève, masse voûtée mais digne. Une belle crinière blanche coiffant une noble tête, un visage ridé mais qui transpire l’intelligence. Je m’attarde encore. Il a dans ses gestes une lenteur si belle, une précaution dans la gestuelle. On sent qu’il pense à chacun de ses gestes. C’est donc cela être en fin de vie. Penser chacun de ses mouvements, les vivre, avec acuité, dans la douleur aussi. Je suis de suite honteux. Je l’ai à peine regardé, le reléguant dans un monde que je connais peu, ceux qui n’ont soi-disant rien à m’offrir. Mais là, je côtoie quelqu’un de bien vivant ; simplement quelqu’un qui vit autrement. Je prends note de mes préjugés. Je remarque également ces vêtements sobres mais élégants. Une leçon de vie que l’on vient de t’offrir, orgueilleux jeune homme. Car si la dignité existait sur terre, en voici une de ses facettes. Il a également tout son temps et il le prend, il le savoure.

L’instant de grâce est terminé. Je suis à nouveau au présent, je veux sortir, je veux manger. Je me dirige vers la sortie, c’est à ce moment que je la vis. Paisible, un livre en main, lecture négligée, elle est à nouveau dans ses pensées, je me lance et l’aborde.

G – tu as faim, j’allais sortir à l’instant ?!

*

  
La suite fut un peu comme un film qui se déroule au ralenti. Elle était à présent devant moi. Toujours détendue, un peu comme à la terrasse de café. Nous avons rapidement commandé, il n’y avait que de la restauration rapide proposée, la carte des menus était rapidement parcourue. Nous en étions à manger, on se taisait la plupart du temps, par politesse aussi, j’ai horreur de parler en mangeant. Un vieux reste de ma stricte éducation. Mais c’était attachant, relaxant. Je pouvais la voir tout à mon aise et vice versa. Toute impression de gêne avait disparu. Nous étions détendus. Pouvais-je l’espérer. Le courant passait entre-nous. Au moment de l’inévitable café, on a parlé encore. Puis, comme si le film reprenait son cours normal, elle sortit une photo de son portefeuille et me la tendit

F – voilà, mon cher. C’est une photo de mon ancien amoureux. Il faisait plein soleil, tu risques de ne pas y voir grand chose.

Et en effet, ce que j’aperçu en premier lieu fut un jeune homme nimbé de lumière et surtout un magnifique tableau aux couleurs franches et vives.  Et, car le hasard n’existe pas vraiment, je reconnu néanmoins sans peine celui que je persistais à nommer « le jeune homme triste ».
Dans ces moments-là, les mots sont un peu inutiles. Si cela était possible, encore plus futiles. Les pièces du puzzle se mettaient lentement en place ; le mieux était de laisser aller le destin là où il nous mènerait. Je fis une rapide retraite à la toilette et je revins un peu plus serein.

F – il se peut d’ailleurs que tu le connaisses tu sais ? Il habite dans le coin.
Nous habitons vraiment un village, tu ne penses pas. Remarque, notre rencontre à nouveau

[rires francs de part et d’autres]

Je plane un peu. Je suis toujours détendu.

Au moment où nous nous quittons, elle m’embrasse tendrement. Pas un baiser distrait, pas la bise de deux amis qui sont certains de se revoir ; quelque chose de plus intense.

F – on se revoit ?
G – bien sûr. C’est débile de se rencontrer en comptant chaque fois sur le hasard.

On fixe une rencontre pour demain soir ; on dînera chez moi. Appartement de célibataire à ranger. Faire les poussières, rendre le tout présentable ; sourire intérieur.  Il y aura les courses à faire mais je serais un peu à l’affût. J’achèterai sans doute du vin, de l’eau pétillante. Après tout, je ne connais rien de ses goûts. Mais je ne suis pas inquiet. Et le bateau de voguer.


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MessagePosté le: Ven 7 Jan - 19:48 (2011)    Sujet du message: Publicité

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