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Virgile, le séducteur [partie 1]

 
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spock27
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MessagePosté le: Dim 16 Jan - 23:24 (2011)    Sujet du message: Virgile, le séducteur [partie 1] Répondre en citant

Virgile, il est vrai était un homme pragmatique mais néanmoins dérangé.

De son charmant patronyme, il avait étudié les avantages et les inconvénients. Il n’est pas donné à tout le monde d’avoir un prénom aussi exotique. Pensez ! Virgile, en réalité Publius Vergilius Maro n’avait même pas connu le Fils de la Chrétienté. Il était mort 19 ans avant la naissance de l’Autre Grand Homme, ou Fils de l’Homme, allez savoir. 19 ans, c’est peu de choses, 33 ans, ce n’est pas un siècle et pourtant : Il avait réussi à bâtir un royaume, ce jeune homme. Excusez du peu !

Il en était là dans ses pensée, le brave Virgile car en plus d’être pragmatique, il était soigneux : les mains glissées langoureusement dans des gants en plastique flambants neufs, il faisait la vaisselle.

Ces habits de fin de soirées et du week-end étaient déjà prêts sur un des deux fauteuils, stratégiquement orientés vers le feu ouvert, l’élément clef qui l’avait décidé à louer cet appartement dans ce quartier vieillot, discret, aux loyers modérés. Un feu avec des vraies flammes, un homme encore en pleine possession de ses moyens et de sa prestance (il avait pris un abonnement dans un centre de remise en forme et ma foi, hormis l’odeur insupportable et musquée des hommes en sueur, il mettait un point d’honneur à s’y rendre trois fois par semaine), quelques phrases adéquates, un brin de stratégie et vous aviez là toutes les armes qu’il fallait à un séducteur.

Car Virgile (vous avez noté vous aussi ! enlevez ce « g » si gênant et vous obtenez… ! Vous voyez, vous aussi vous serez bientôt sous son charme) ne vivait, ne pensait, ne mangeait que pour séduire. Les femmes étaient des royaumes aux confins forcément infinis ; il n’avait pas de trop de toute une vie pour en faire le tour. Certes, Virgile n’avait pas le moindre sens de l’humour, il n’avait pas non plus la culture générale qu’il aurait fallu. Il avait lu ‘les bucoliques’ évidemment, pas dans le texte, cela va s’en dire, mais cette culture qui lui échappait l’handicapait parfois quand « il tombait » malencontreusement, osons le dire, une intello. Mais il ratissait large. Aux débuts de sa carrière de Casanova, quand il s’était enfin avouer qu’il appréciait par dessus-tout, appâter, chasser, séduire et conclure, il se bornait aux jeunes branches, quelle erreur de jeunesse, quel gâchis.

Conclure, après la mise en bouche, la récompense du guerrier et pourtant, trop souvent source assurée de troubles, de mesquineries sans fin. Car après avoir conclu, après avoir rangé les coquines entre lubriques, schizos, nymphos et frigides (oui, ça lui est aussi arrivé), que faire de l’ingénue quand elle se sent en territoires conquis ? comment réagir quand elle envisage même de déjeuner avec lui, voire, sacrilège !, qu’elle imagine qu’un début d’une éventuelle relation puisse s’établir ? Oh diantre, calamité me voici ! En bon psychopathe qu’il était, il se posait vraiment la question.

Il avait beau chasser hors de son clapier, faisant toujours effectuer ses courses en dehors de la capitale, repérer les restaurants sympas, coquets, de bon goût et grand car il tenait à être discret, il y avait toujours des risques.

Sa vie était bien ordonnée. L’ordre étant la source de toute justice et de la véritable jouissance ; de cela, il en était sûr et s’il ne l’était pas, sa petite voix intérieure lui dicterait ‘quoi faire’.  Son travail en était une bonne illustration.

Il était comptable, non par vocation pour les chiffres, bien qu’un plan réussi bien conçu et remis à temps, ça vous flanquait un bon coup de fouet à l’ego et ce n’était pas à négliger, mais par prudence.

Qui s’intéresse au comptable ? Personne. Un peu comme être notaire, cela s’exerce, cela rapporte, cela vous constitue une belle façade de respectabilité mais ce n’est pas forcément, comment dire ? 'glamour'. Et Virgile adorait cela. Aller au travail était une joie quotidienne. Se rendre en voiture (forcément anonyme ; bonne bécane, anonyme mais solide ; il se l'avouait, il en était même amoureux, d'elle et de sa mère, le tout confirmé par le même psychiatre qui l’avait diagnostiqué psychopathe, voire même sociopathe [je précise : il n’exercera plus. Tombé dans les escaliers le pauvre].

Quelques tasses de café bien fort ingurgitées, son péché mignon ; à l’aller, lunette classique, vieux pardessus, toujours le même (il en avait trois exemplaires de la même coupe), chaussures de qualité, mais de forme militaire, des pulls passe-partout, acheté ‘aux petits riens’. Sur place, un sérieux inébranlable, jamais de regards appuyés vers les stagiaires, toujours fraîches, toujours serviables. Le sérieux incarné. Il avait gravit lentement les échelons ; dirigeait un pool de matheux et matheuse avec le paternalisme qu’il avait toujours connu au foyer, du moins, pour les bribes qu’il s’en rappelait.  Il ne tolérait aucun manquement, aucune faute d’orthographe n’échappait à son œil d’apprenti-caporal. Cependant, les bons éléments étaient pris en mains, les formations suivaient, les plus méritants étaient signalés au grand patron et bizarrement, cela fonctionnait. Il ne mangeait jamais à la cantine, toujours dehors, avec ses petites tartines dans sa boîte cache-misère. Il régnait là aussi, tel l’empereur Hadrien, d’une façon hellénique, d’une façon différente.

Au retour, il descendait de train, tâchait de retrouver sa voiture et là, se métamorphosait. Il se contrefoutait des regards de ses voisins ; tous et toutes étaient pressés de renter. Comme lui. Il se changeait dans la voiture, remplaçaient ses lunettes par des lentilles de contacts, le pull par une chemise souvent blanche au col bien large, nœud pap., des fois ! ; changer de pantalon et de chaussures ne l’avait jamais dérangé. Il ne connaissait ni la peur, ni la gêne, encore moins la compassion, malheureusement et de là peut-être, il se disait bien « peut-être » venait une grande part de ses, disons, tracas.

Ce samedi-là, il partit en chasse, un peu comme dans ses habitudes, autre ville, petit trajet en voiture. Les courses faites dans un hyper marché qu’il ne connaissait pas, à une heure un peu bancale, le coup de midi. On y trouvait alors la gente, la plèbe qui lui ressemblait, les célibataires sans enfants ou débarrassés d’eux, pas de charges de familles donc, aucun souci pour se nourrir, une certaine désinvolture pour choisir ses achats. Moins de caissières en aval, mais en amont, quelle paix et quel cheptel. Des femmes de toutes âges qui traînaient littéralement leurs caddies et parfois leur spleen de façon si évidente qu’il se sentait parfois né pour être d’une certaine utilité. Oui, il était là, disponible, serviable à défaut d’être sociable, prêt à les écouter, à leur parler un peu, à les amadouer, beaucoup.

Dans un sens, il était doué. Charmeur mais pas trop, attentionné mais à petite dose, il jouait la carte de la subtilité : aidait celles qui voulaient l’être, faisant comprendre avec doigté qu’il était là et que « s’il y avait affinités et plus », les échanges pouvaient être étendus, prolongés. Oh Dieu, qu’il adorait ce petit manège ! Par contre, il n’insistait jamais quand une petite voix intérieure lui disait de zapper ; cependant, il fonçait comme un Sicilien sur sa proie quand la même voix le lui dictait. Elle n’avait jamais tort

(fonce. Zappe. Harponne la petite jeune, oui la miss qui fais semblant de t’ignorer)
(trop jeune, mec, elle va me jeter)
(fais ce que je te dis. Propose-lui de la revoir quand elle termine. Débrouille-toi, trouve un film à voir, fonce. Et s’il te plaît, pas un truc ringard)
(et du calme. Je ne te connais même pas. Ringard, pfft !)
Ou alors
(laisse tomber la jeunette. Vise-moi la brune)
(mais elle a la quarantaine bien tassée)
(certes, mais ce sera du gâteau. Elle est en pleine déconfiture, larguée, trompée, fatiguée. Une belle pomme à croquer).

La petite voix avait toujours raison. En matière de compagnie féminine, il n'avait pas de préférence. Les jeunettes avaient la fraîcheur pour elles mais au lit, elles pouvaient s’avérer de véritables calamités, sans parler de leurs airs conquérants après des prouesses sexuelles très banales ; ces dames plus matures pouvaient s’avérer de véritables louves. Les petits problèmes auxquels il devait faire face, hé bien, c’était surtout ses petites impulsions qu’il ne pouvait contrôler.

Quelques fois, j’écris bien quelques fois, moi, le narrateur qui se targue d’être objectif dans cette « affaire », après les petites mises en bouche, le café amoureusement mis dans les tasses, le repas qui était consommé (et qu’il avait bien souvent préparé lui-même), après, disais-je une bonne bouteille de bourgogne (Virgile adorait ce vin : quelques verres de ce liquide si costaud et ces dames devenaient, disons, autres), ils pouvaient conclure et passer à la dernière phase du plan de bataille. La partie de jambes en l’air, souvent charmante, souvent exaltante, si souvent émoustillante, d’autant si la partenaire avait la bonne idée de ne pas s’incruster car si ce séducteur tenait bien à une chose, c’était à son intimité. Il y eut donc quelques couacs. Rien de bien grave, rassurez-vous.

Des bains qui s’étaient prolongés au-delà de la raison ; on pousse simplement avec une serviette de plage sur la tête de l’intruse et on attend ; bien sûr, il y avait quelques dégâts collatéraux, il fallait assécher un peu la salle de bain par la suite, mais l’homme, cet homme, était un être d’intérieur. Des tigresses s'emmêlaient les pinceaux dans les escaliers, tordre des cous à un moment ou à un autre, les assommer d’un coup (oui, on apprend ça sur Internet. Comment doser sa force, où frapper sur le front, comment finir le coup en beauté, si je puis me permettre,  par une petite strangulation). Tout cela n’était pas vraiment gênant. Le reste était affligeant, c’était indéniable. Se débarrasser de la chose encombrante, ce n’était pas toujours agréable mais Virgile était bricoleur et un bon bricoleur a toujours de bons outils ; cela aide. Il était méticuleux et grâce à cela, il ne s’était jamais fait prendre.
[...]


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MessagePosté le: Dim 16 Jan - 23:24 (2011)    Sujet du message: Publicité

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nine
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Inscrit le: 30 Nov 2009
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MessagePosté le: Dim 12 Juin - 05:25 (2011)    Sujet du message: Virgile, le séducteur [partie 1] Répondre en citant

Fin de lecture de cette première partie, et vois-tu, cela ne me dérange pas que ce soit coupé, ça rajoute au suspense. Un peur comme un feuilleton dans un hebdo.

J'ai trouvé la description de ton personnage pleine de malices et de trouvailles, sur la forme. J'aime bien ta pensée, qui accompagne, bien distillée.

J'ai souvent eu des sourires de connivence, comme s'il s'agissait d'un homme déjà un peu connu de moi.

Juste quelques phrases parfois un peu longuettes, qui égarent, mais on retombe vite sur ses pattes. Il y a aussi l'emploi du "disons" qui revient un peu trop souvent à mon goût.

Mais "ce samedi-là" promet. je peux d'ores et déjà dire que je ne me suis pas ennuyée une seule seconde.

Je le répète, je ne suis pas dérangée de devoir couper ma lecture, ça permet au contraire de bien se mettre le personnage et la situation en tête.

Nine


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 21:28 (2016)    Sujet du message: Virgile, le séducteur [partie 1]

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