Les Arts et Poésie Index du Forum Les Arts et Poésie
Vus par les Lézards du rocher poétique
 
 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

Fuseau horaire

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Les Arts et Poésie Index du Forum -> Lézards en contexte -> Textes de lézards
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Chinaski
Membres

Hors ligne

Inscrit le: 28 Juil 2010
Messages: 133

MessagePosté le: Jeu 10 Fév - 17:05 (2011)    Sujet du message: Fuseau horaire Répondre en citant

Fuseau horaire


“Unfaithful Servant, I hear you leavin’ soon in the mornin’
What did you do to the Lady, that’s she gonna have to send you away ?”
Unfaithful Servant, The Band



Les magnolias venaient tout juste de fleurir et la température était particulièrement haute pour la saison.
Il était un peu plus de sept heures et la chaleur était déjà intolérable. Etouffante, écrasante comme un bulldozer, plus toutes les autres métaphores que l’on désire. J’ai rarement connu des matins aussi chauds que celui-là. En même temps, est-ce que je connais beaucoup de chose ?

J’ai fermé la porte de la maison vers sept heures douze. Je m’en souviens très bien, j’ai jeté un coup d’œil à ma montre avant de lâcher la poignée. La rue était incroyablement vide. Discrète et silencieuse. On aurait dit un décor de cinéma. Tout était immobile, paisible. J’ai quitté le perron et mes semelles sont entrées en contact avec la route.
Les éboueurs n’étaient pas encore passés. Les tas d’ordures trônaient fièrement au bord des demeures. Certains sacs poubelles étaient éventrés. Sans doute l’œuvre de quelques renards et autres bêtes en quête de nourriture. Il est plus facile maintenant de trouver de quoi manger en ville qu’en pleine forêt, c’est bien connu. Ils viennent arpenter les allées en pleine nuit, pendant que nous sommes dans les bras de Morphée. Sauf que moi, cette nuit là, je n’ai pas beaucoup dormi.

Il devait être sept heures seize quand je suis arrivé vers la bouche d’égout rouge. Cela signifiait que je venais de sortir de mon quartier. Je me suis retourné et j’ai regardé la maison au loin. Elle était perdue, tout au fond. J’avais l’impression qu’elle allait s’écrouler. Mais au lieu de me laisser distraire, j’ai finalement continué d’avancer.
Les caissettes à journaux venaient d’être remplies. Elles débordaient d’informations, bonnes ou mauvaises, prêtent à être lues par toute la ville. J’ai sortis mon porte monnaie et j’ai glissé une pièce dans la fente d’une des caissettes. J’ai ensuite repris mon chemin, un journal sous le bras.
C’était vraiment très étrange, c’était comme si je voyais certaines villas pour la première fois. Jamais je n’avais fais attention à la piscine de monsieur untel ou à la véranda de monsieur X.
Comme monsieur Arthur à une belle pelouse ! Bien taillée, d’une précision millimétrique.
Combien de temps avait-il passé à s’en occuper ? Bien des questions futiles me venaient soudainement à l’esprit. Mais je ne devais pas me dissiper, la suite du trajet m’attendait.

Sept heures et demi, le moment de ma première rencontre de la journée. D, le chien errant, était au milieu de la route. Aucune circulation n’était là pour le perturber. Il était allongé de tout son corps sur le bitume brûlant. Un vieux dalmatien bien tranquille. Je l’avais appelé D car une de ses tâches ressemblait justement à cette lettre de l’alphabet. Une fois à sa hauteur, je me suis arrêté près de lui et je l’ai caressé. Jamais je n’ai su à qui il appartenait. Son pelage était toujours très propre. Quelqu'un devait forcement s’en occuper. Mais je m’égarais encore, il fallait continuer ma route. D s’est levé quand je l’ai quitté. Il a poussé un léger aboiement qui m’a donné des frissons dans le dos.

Me voilà arrivé devant la caserne des pompiers vers sept heures quarante-cinq. Et toujours un silence de mort. Je serais bien allé dérouler le tuyau d’un de leur camion et m’asperger avec.
Plus les minutes passaient et plus l’atmosphère devenait oppressante. Mon t-shirt allait bientôt finir totalement trempé. Le soleil tapait sur ma tête avec un marteau invisible doté d’une puissance sans pareille. Ma gorge s’asséchait à une vitesse folle, il me fallait boire quelque chose.
A une intersection plus loin, j’ai pris la direction du petit parc. Je n’avais pas envie d’aller me prélasser, mais il y avait des toilettes publiques. Ces dernières étaient recouvertes de graffitis en tout genre. Et pas uniquement des choses vulgaires. Je me suis passé la tête sous le mince filet d’eau qui sortait du robinet. Un peu de fraîcheur, pour un court instant certes, mais c’était déjà bien. Quand j’ai relevé la tête, je me suis aperçu dans le miroir. C’est bête mais je ne m’y attendais pas. J’ai eu comme une sorte de surprise. Dans le reflet, j’ai vu que sur le mur derrière moi était tagué sur le carrelage« Pourquoi ? » au feutre noir.

J’ai entendu le carillon de l’église sonner huit heures quand je suis arrivé à la hauteur de l’école. Derrière les grilles qui entouraient le bâtiment, le préau étant désert. Logique, il n’y avait bien entendu pas classe aujourd’hui. Tous les stores étaient baissés. Cela me faisait drôle de passer ici sans entendre des enfants crier de tous les côtés. J’ai pensé à quand j’étais enfant et que je n’avais pas envie d’y aller. Pourtant je n’avais jamais fréquenté cette école là. Dans la mienne, il y avait un gros chêne au milieu du préau. On y montait dessus à trois, quatre, voir même plus. On tombait parfois. Certains pleuraient, d’autres riaient. Rien à voir avec celle-ci. De toute façon, je ne viens pas de cette ville. Pas de souvenirs à chaque intersection.
C’était peut être mieux ainsi.

La gare a fait irruption devant moi à huit heures dix. Le but de mon expédition matinale. On aurait dit que la gare était le seul endroit où était concentrée l’espèce humaine ce matin.
Je n’ai jamais vu autant de monde dans le hall. Des couples, des hommes et femmes solitaires, des groupes d’enfants, des personnes âgées. Toute la ville s’était donc donnée rendez-vous ici ? Le maire avait-il payé un voyage organisé à tout le monde ? A cette heure ? De toute manières, je n’étais pas au courant et je n’étais jamais au courant de rien.
Le cliquetis du panneau d’affichage capta mon attention. Je ne regardais pas les destinations, juste les heures de départs. Il y en avait un à huit heures quinze, c’était parfait. J’ai couru vers le guichet où il y avait la plus petite file d’attente. Un vieillard très gros et une fille d’une vingtaine d’année me devançaient. Elle avait une robe jaune et des cheveux d’un noir perçant. Quand le vieil homme en avait fini, elle s’est approchée du guichet et a parlée d’une voix très douce à l’employé de la gare. Un filet de voix tellement sourd que je n’ai rien pu comprendre. Pourtant, j’avais tendu l’oreille. Je crois que c’est le sens le plus développé que je possède, l’ouïe. Cela m’a servit à maintes reprises.
La robe jaune s’est finalement éclipsée au loin, un ticket dans la main. Je la regardais s’éloigner, puis le guichetier m’a fait savoir par un raclement de gorge que c’était à mon tour.

J’ai déboulé sur le quai à huit heures quatorze, mon ticket dans la main. Je me suis faufilé à travers le monde et j’ai sauté dans le train. Changement radical d’atmosphère. Le train était remplit, certes, mais une sorte de calme divin y régnait. J’ai traversé le wagon tout en jetant des coups d’œil à droite et à gauche pour chercher une place. Malheureusement, chaque siège avait son fessier. J’ai continué comme cela sur plusieurs wagons sans trouver de quoi m’asseoir. Peut être que mes fesses n’avaient pas l’aplomb nécessaire pour frôler le léger tissu de la compagnie ferroviaire. J’ai finalement décidé de rester entre deux voitures, la meilleure place en fin de compte. Je me assis à même le sol et j’ai regardé les portes automatiques se fermer. Il était huit heures dix-sept, le train avait du retard.

Les kilomètres défilaient. Les gens aussi, mais pour aller aux toilettes qui se trouvaient justement dans mon couloirs. Je les regardais passer les uns après les autres. Quel défilé. Il y avait de tout. Mais quelle ne fut pas ma surprise de voir la jeune fille à la robe jaune s’y introduire !
Je la trouvais intrigante au guichet, mais là je n’avais plus vraiment la même extase. Mes pensées étaient ailleurs. Je pensais à la ville, à la rue, à D. Je pensais aussi, évidemment, à la maison. J’imaginais Elizabeth se lever, aller à la cuisine et se faire un café. Je l’imaginais aussi pénétrer au salon et ne pas me trouver. Elle s’avancerait jusqu’à la porte et ne me verrait pas dans le jardin ou sur le perron. Après plusieurs minutes, je ne sais combien, elle trouverait la lettre sur la table du salon. Après l’avoir lu, elle irait s’asseoir dans son fauteuil fétiche et regarderait le ciel à travers la fenêtre. Le tout en pensant au gros connard que je suis.

La chasse d’eau en provenance des toilettes me fit sortir de mes rêveries. La fille à la robe jaune en sortit. Je venais de réaliser que j’avais toujours mon journal sous le bras. Je ne l’avais pas encore ouvert une seule fois. J’ai interpellé la fille avant qu’elle ne rejoigne son wagon :
- Est-ce que le journal de ce matin vous intéresse ? Je lui tendais le journal avec insistance.
Elle se retourna dans ma direction avec vigueur. Elle voyait mon bras ridicule lui tendre les nouvelles encore très fraîches. Peut être la chose la plus fraîche de cette matinée torride :
- Je veux bien. Vous l’avez terminé ?
Elle à alors saisit le journal. Je lui ai répondu :
- Non, mais cela ne m’intéresse plus. Enfin si, j’aimerais juste savoir le temps.
Elle se mit à rire tout en ouvrant le journal. Une fois tombée sur la page météo, elle se mit à lire à haute voix :
- Samedi : ciel dégagé, grand soleil. Température : 39 degrés cette après-midi. Précipitations annoncées pour la fin de la semaine.

***



Elizabeth s’est réveillée à huit heures dix. En se retournant dans le lit, elle vit qu’il était déjà debout. Il a toujours été un lève tôt. Elle se donna quelques secondes pour émerger. Une fois les vapeurs matinales plus ou moins dissipées, elle se mit en direction de la cuisine. La maison était silencieuse. Rien d’étonnant, il ne faisait jamais beaucoup de bruit d’habitude.
Elle fit bouillir de l’eau qu’elle a versée sur quelques cuillerées de café instantané. Elle remarqua alors qu’il faisait plutôt chaud en ce samedi matin. S’il n’y avait aucuns bruits dans la maison, il en était de même dans la rue. A huit heures vingt-cinq, sa tasse de café serrée entre les mains, elle se mit à sa recherche dans le salon. Il n’était pas là. Peut être se trouvait-il dans le jardin en train de faire divers travaux. Ce n’était pourtant pas son genre.
Elle ouvrit la porte et son regard se mit à se perdre dans cette vision de rue déserte. Personne dans le jardin. Elle se dit alors qu’il était peut être en ville, pour des commissions. Une fois la porte refermée, une lettre posée en évidence sur la table retient son attention.
Intriguée, elle la décacheta soigneusement avant d’en entamer la lecture.
A huit heures quarante, elle la laissa tomber par terre. Elle avança fébrilement jusqu’au son fauteuil rouge préféré. Elle s’y assit délicatement, réajustant les coussins pour être plus à l’aise. A huit heures quarante et une, elle fit pivoter sa tête en direction de la fenêtre. Le ciel était d’un bleu immaculé. La première larme est tombée sur le sol à huit heures quarante deux.


Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Jeu 10 Fév - 17:05 (2011)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
spock27
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Jeu 10 Fév - 20:26 (2011)    Sujet du message: Fuseau horaire Répondre en citant

c'est clair, tu es doué pour la narration. L'art d'installer un décors, des personnages, des petites touches qui te sont personnelles "la fille devient une jupe jaune" par exemple, le chien se nomme D. et rien d'autres; si tu prends tes aises pour dérouler l'intrigues, le départ du personnage vers la gare se fait assez lentement, tu laisses le lecteur sur sa faim en bien des points [déjà mentionnés). Là où tu frappes fort c'est dans tes finales; c'est du jamais vu !

par deux fois, horrible sadique, tu nous laisses en plan ! car si "lui" prend le train, se taille, vise peut-être la fille en jaune, va savoir, Elisabeth se réveille, lit la lettre et pleure et on sait bien que drame il y a, le pourquoi du comment nous ne le saurons jamais, lol

donc il faut savoir déguster son café noir s'il n'y a vraiment pas moyen de le faire caffe con latte et le reste ma foi, est assez fort que pour nous tenir en haleine.

c'est ton deuxième texte que je lis et je trouve que tu as un style bien à toi (je repense encore à Stephen King, bien sûr, pas pour l'introduction de monstres prêts à jaillir page 270 mais pour le fait de pouvoir décrire un personnage en deux lignes et de partir sous les chapeaux de roue; ce que je m'obstine à appeler "une belle accroche").

par contre, je pense que tu as posté un peu trop vite ton texte car il reste des fautes que tu ne peux laisser passer. il manque parfois un verbe et il y a un "voir" qui aurait dû être un "voire", ce qui fait que ton contrôleur orthographique/grammatical bête comme il l'est n'a pas pu le repérer. je crains que tu sois bon pour relire encore une fois ton texte.

merci de me l'avoir signalé et en espérant une suite, même différée !

alain


Revenir en haut
Dame ondine
Modérateur

Hors ligne

Inscrit le: 27 Juil 2009
Messages: 7 213
Localisation: ROYAUME-UNI

MessagePosté le: Sam 12 Fév - 11:31 (2011)    Sujet du message: Fuseau horaire Répondre en citant

oh,monsieur chinaski, est-ce que je pourrais avoir une histoire comme ça, tous les matins avec mon café de 10h?

Je sais, c'est un peu trop demander, mais j'aime tellement votre style, fait de petites touches, de notations, un certain détachement, analytique, qui fait vos héros si vulnérables...j'en redemande

Danie
_________________
Life is wonderful


Revenir en haut
Chinaski
Membres

Hors ligne

Inscrit le: 28 Juil 2010
Messages: 133

MessagePosté le: Sam 12 Fév - 11:34 (2011)    Sujet du message: Fuseau horaire Répondre en citant

Un grand merci pour vos commentaires.

Revenir en haut
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: Aujourd’hui à 11:12 (2016)    Sujet du message: Fuseau horaire

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Les Arts et Poésie Index du Forum -> Lézards en contexte -> Textes de lézards Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Portail | Index | Panneau d’administration | Creer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
World of Warcraft phpBB template "WoWMoonclaw01" created by MOONCLAW/MAËVAH(EU-Sinstralis/EU-Illidan) (v1.05) - http://www.wowcr.net/templates
© World of Warcraft and Blizzard Entertainment are trademarks or registered trademarks of Blizzard Entertainment, Inc. in the U.S. and/or other countries. wowcr.net is in no way associated Blizzard Entertainment.
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com