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Ring Around The Rosie (2)

 
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Chinaski
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Hors ligne

Inscrit le: 28 Juil 2010
Messages: 133

MessagePosté le: Lun 10 Oct - 13:59 (2011)    Sujet du message: Ring Around The Rosie (2) Répondre en citant

**

Il fallut à Wilbur le double du temps habituel pour rentrer de la ville. La route semblait bouchonnée sur des kilomètres et des kilomètres. Etrangement, une ambiance pastorale semblait régner près des bords de la rivière. La plupart des migrants qui y avaient campés durant la nuit avaient déjà repris la route. Aussitôt arrivés, aussitôt repartis.
Lorsqu’il vit l’état de ses chaussures, un sentiment de honte habita Wilbur. Il ne s’était auparavant jamais soucié de ce genre de détail. Mais aujourd’hui, il semblait confus comme s’il avait été un enfant ayant fait une bêtise. Il s’approcha de la rivière et y trempa ses pieds chaussés. L’eau glissait, insouciante.
Il les frotta ensuite dans l’herbe afin d’enlever les derniers résidus de crasse qui s’y accrochaient.
Alors que la cabane n’était plus très loin, des rires d’enfants résonnèrent dans l’infini. Wilbur reconnu les deux filles de Timoty qui s’amusaient le long du chemin. Elles aussi lui semblaient insouciantes et cette vision le plongea dans une abyssale mélancolie. Quand elles l’aperçurent, elles se mirent à courir en direction de la tente. Leur père y était en train de surveiller un feu de camps.
- M’sieur Wilbur, m’sieur Wilbur ! C’est bien que vous soyez revenu ! On a pas encore mangé, ici.
Il était pris au piège. Par politesse, il accepta nonchalamment l’invitation à dîner de Timoty.

La tente était un véritable bric-à-brac. Il était impressionnant de songer que Timoty et ses filles voyageaient avec autant d’objets. Des piles de vieux journaux côtoyaient des poupées bien usées et des manuels scolaires.
- J’veux que les gamines continuent d’apprendre sur la route, avait-il soufflé à Wilbur.
Une grande nappe en dentelle recouvrait la table qui ornait le centre de la tente. « Un vieux souvenir d’famille ». Deux lits pliables en fer étaient disposés dans les coins. « Les gosses dorment dans le même lit, on fait comme un peu ici ».
Timoty offrit à Wilbur une pomme cuite et fourrée de sucre et de cannelle en guise de repas. « C’est pas un r’pas de fêtes, mais ça tient au ventre ces histoires là ! »
Et c’était bien vrai, Wilbur se sentait parfaitement rassasié. L’hospitalité effrénée de son « nouveau voisin » le subjuguait et le déconcertait à la fois.
Après le repas, Timoty débarrassa et rinça la vaisselle dans une grande cuve d’eau en bois. Les sœurs sortirent de table et se précipitèrent dehors afin de s’adonner à de nouveaux jeux avant le coucher du soleil.
- Sure que vous en voulez toujours pas, demanda Timoty en présentant à nouveau sa fiole à Wilbur ?
- Non non, merci.
- Tant pis, dit-il avant de se rincer le gosier. Woow, misère ça décoince. Savez, pendant la Prohibition j’ai connu un type qui est d’venu aveugle à cause de la mauvaise qualité de l’alcool de contrebande.
Wilbur sourit jaune pendant qu’il rangeait sa fiole.
- J’veux vous montrer un truc, m’sieur.
Il saisit un livre près de son lit et en tira une photographie.
- T’nez, regardez. Elle est belle, non ?
Le cliché représentait une femme debout dans la plaine. Elle portait une robe à carreaux et semblait plutôt maigrichonne. Elle tenait une petite veste enroulée autour de son bras gauche. Elle se rongeait les ongles, mais son visage était détendu et un semblant de légèreté émanait de son regard.
- C’est Dorothy, ma femme, continua Timoty.
Wilbur, intrigué par la photo, ne savait pas trop quoi répondre :
- Oui, elle est très jolie.
Timoty reprit soudainement la photo et se mit à la contempler à son tour :
- Elle a pas supportée le voyage. C’est comme ça.
Un silence interminable parcourut la tente. Wilbur ne savait plus où se mettre. Timoty semblait perdu dans un rêve insondable.
- Dites, se risqua Wilbur, vous avez besoin de votre Ford demain ?
Timoty sursauta et laissa tomber la photo. Avec panique, il se baissa afin de la ramasser et de la ranger précieusement dans son livre.
- Le pick-up ? J’sais pas. Pourquoi ?
- Cela me gênes de vous demandez cela, mais j’ai besoin de faire une course demain. Si vous ne comptez pas partir tout de suite, je…
- Ah j’vois, vous voulez que j’vous prête la Ford ?
Les joues de Wilbur devinrent écarlates :
- Je peux vous payez l’essence. J’ai vraiment besoin d’un moyen de transport.
- Si c’est la Ford qu’vous voulez, je peux vous la prêter. Mais qui m’dit que vous foutrez pas le camp avec ?
- Je n’ai pas l’intention de partir d’ici. D’ailleurs, je peux vous laisser toutes mes affaires comme gages.
Timoty se gratta la tête :
- Si on fait comme ça, ça m’semble raisonnable. Vous comptez m’dédomager comment pour le plein ?
- Il doit me rester un peu d’argent. Et puis, s’il n’y a pas le compte, je peux vous donner…
- J’ai b’soin de pétrole pour les lampes, vous en avez ?
Wilbur réfléchit quelques secondes avant de répondre. Il avait bien un bidon de pétrole à moitié plein dans sa cabane.
- Oui, j’en ai quelque part.
- Top là alors, la Ford contre le pétrole.
Ils se serrèrent la main pour sceller l’accord.
- Mais j’vous préviens, si la tempête rapplique dans la nuit, on fout le camp. Chacun pour soi.
Wilbur acquiesça.


**

Chaque jour après le repas de midi, les malades du sanatorium étaient conduits vers un long couloir vitré. C’est là que, installés dans des lits disposés les uns à coté des autres, ils prenaient un bain de soleil. Cette méthode était réputée efficace par les médecins pour combattre la « peste blanche ». Des petites tables de chevet étaient posées entre les lits. Ce qu’on y trouvait dessus variait d’un patient à l’autre. Des fleurs, des verres d’eau, des livres, des photographies de l’être aimé.
Depuis les fenêtres on pouvait apercevoir, non pas une campagne calme et sereine, mais les autres imposants bâtiments Tudor gothiques de l’hôpital. A gauche se trouvait le pavillon des hommes. Au milieu, celui des enfants suivit par le bâtiment dit « ethnique ». Puis, sur la droite, les chambres du personnel clôturaient le paysage.
Quand le couloir était aéré, on pouvait entendre des enfants chanter « Ring Around The Rosie ». Les plus résistants de ces derniers passaient souvent les après-midi sur le toit de leur pavillon pour suivre des cures d’héliothérapie. Ecouter ces enfants chanter était, pour les malades, un répit bienvenu. Car le seul son qui résonnait sans discontinuer dans ce couloir était celui de la toux sèche. Musique agressive et monotone rappelant à chacun qu’il n’est qu’un être en sursis. Une légende circulait d’ailleurs parmi les malades : un tunnel sous terrain relierait le sanatorium a la gare située à un kilomètre de là. C’est par ce chemin que le personnel évacuerait les morts en toute discrétion, afin de ne pas propager la peur chez les patients.

Louise se mit à tousser. De la sueur perlait sur son front et sa gorge semblait se nouer. D’une main chancelante, elle essaya d’attraper le mouchoir posé sur sa table de chevet. Voyant qu’elle n’y arrivait pas, une infirmière accourut près d’elle afin de l’aider. Le mouchoir blanc et pur était à présent constellé de taches de sangs et de glaires jaunâtres. Louise se mit à se tordre dans son lit. Son thorax la brûlait de l’intérieur à chaque inspiration. L’infirmière faisait de son mieux pour la contenir. Il n’y avait rien d’autre à faire que d’attendre que la crise cesse d’elle-même. Une fois les convulsions disparues, Louise laissa tomber sa tête contre l’oreiller. La fatigue était plus ou moins forte suivant le degré d’intensité des crises. Elle fixa le plafond avant de avant de s’endormir.
“Ring-a-ring-a-roses, a pocket full of posies. Hush! hush! hush! hush! We’re all tumbled down.”

Quand Louise reprit ses esprits, elle vit deux infirmières en train de discuter auprès de son chevet. Elle les discernait à peine, sa vision étant encore légèrement troublée. Ses draps et sa robe de chambre étaient trempés. Des bribes de conversations commençaient à lui parvenir.
- Ce n’est pas l’heure des visites, proférait l’une.
- Je sais très bien, mais il insiste, répliquait l’autre.
Puis les sons s’embrouillèrent à nouveau dans sa tête. Les rayons du soleil lui crevaient ses yeux mis clos. Elle ne voulait alors qu’une seule chose : que la pièce soit plongée dans les ténèbres. Son buste se mit à s’enflammer à nouveau. Elle essayait alors de respirer le moins possible afin d’atténuer les douleurs. Une main invisible l’étranglait. Voyant qu’elle allait avoir une nouvelle crise, les deux infirmières cessèrent leur discussion. Elle tremblait de tout son corps, de tout son être. Puis, ce fut à nouveau le noir complet.
Louise ne se réveilla qu’une quinzaine de minutes plus tard. Sa tête valsait et sa fièvre avait laissée place à une frilosité aiguë. Son premier réflexe fut de tirer sa couverture jusque vers le bout de son nez. Le soleil n’était plus aussi éclatant qu’avant, des nuages le masquaient par moment. Elle sentit une présence à ses côtés. Elle tourna alors la tête vers la gauche. Rien que ce geste insignifiant lui demandait des efforts incroyables, des tonnes d’énergie. Un homme, dans un costume noir mal taillé, était posté tout prêt de son lit. Vissé sur une chaise, ses grandes mains tripotaient un large chapeau posé sur des genoux. Il tapotait légèrement du pied. Louise ouvra grand ses yeux afin de mieux distinguer cet étrange personnage. Ses cheveux étaient tirés en arrières et sa moustache était taillée de façon irrégulière. Il lui était difficile de définir l’expression de son visage. Cet homme lui était inconnu jusqu’à ce qu’elle se plonge quelques secondes dans ses yeux noirs :
- Wilbur, mon frère, je t’attendais.


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MessagePosté le: Lun 10 Oct - 13:59 (2011)    Sujet du message: Publicité

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Dame ondine
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Hors ligne

Inscrit le: 27 Juil 2009
Messages: 7 385
Localisation: ROYAUME-UNI

MessagePosté le: Mar 11 Oct - 10:56 (2011)    Sujet du message: Ring Around The Rosie (2) Répondre en citant

m'en vais à la partie 3

D.
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Marco57
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Inscrit le: 22 Aoû 2009
Messages: 3 797
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MessagePosté le: Mer 12 Oct - 19:40 (2011)    Sujet du message: Ring Around The Rosie (2) Répondre en citant

Moi aussi ^^
Je sais d'avance qu'il ne fini jamais ses histoires lol
Enfin, on verra bien 
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MarKus deux cendres...

Cendres de mon coeur, parfois celle de l'âme
Poète, esprit libre, solitaire et solidaire.


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