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Vies-à-vies (1)

 
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Chinaski
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MessagePosté le: Mer 2 Nov - 13:23 (2011)    Sujet du message: Vies-à-vies (1) Répondre en citant

Comme promis, voici finalement ma dernière nouvelle (plutôt brute, j'attends plusieurs jours avant de recorriger les fautes, accords et... donc ne vous focalisez pas là dessus cela sera corrigé).
Assez longue nouvelle (la plus longue de mon répertoire), elle sera divisé en plusieurs sujets à l'image de la précédente.

Vies-à-vies


« Le rêve est la preuve qu'imaginer, rêver ce qui n'a pas été, est l'un des plus profonds besoins de l'homme. »
Milan Kundera

Première matinée

Le premier contact visuel a eu lieu alors que je m’apprêtai à partir au travail. J’empoignais ma veste, qui traînait sur le canapé, quand je fus perturbé par un fracas étrange provenant de la rue. Un bac à fleurs venait de dégringoler d’un des bords de fenêtre de l’immeuble voisin. Sur le trottoir, quatre personnes en entouraient les restes comme s’il s’agissait d’une scène de crime. Des têtes se mirent à surgir de diverses fenêtres. Tout le monde voulait constater l’ampleur des dégâts. Moi aussi, d’ailleurs.
L’auteur du crime venait de descendre en vitesse et se trouvait maintenant parmi la foule amassée autour de ces géraniums tombés du ciel. On en vient vite à faire de grands gestes et à organiser un simulacre de procès. « Vous auriez pu tuer quelqu’un ! », « quel homme irresponsable ! », « heureusement qu’aucunes autos n’a été touchée ».
C’est à se moment là, alors que j’observais tout ce manège depuis mon balcon, que je l’ai vu pour la première fois. Les rideaux de la fenêtre située juste en face se mirent à bouger.
Ils étaient rouges et rayés de jaune. On aurait dit, au choix, une mer déchaînée ou une cape de matador. Quand ils furent écartés, un visage féminin vient se poser contre la vitre. Je n’arrivais pas encore très bien à la distinguer, car le soleil venait machiavéliquement se refléter contre la fenêtre. J’étais attiré par un champ magnétique, une forte pulsation soudaine. Cette esquisse de visage, en communion avec le double vitrage, avait quelque chose d’énigmatique et d’attirant. Le vacarme dans la rue m’était devenu totalement étranger, je n’y prêtais plus du tout aucune attention.
J’en étais d’ailleurs tellement perturbé que je faillis être en retard. C’est en effet le son de la cloche de l’hôtel de ville qui me ramena durement à la réalité. Chaque coup de battants me faisait un peu plus chuter pour finalement heurter le bitume, à l’image des géraniums. Je devais impérativement m’activer, larguer les amarres qui me retenait à cette présence.
La tâche me fut grandement facilité, car le visage disparut tel un fantôme derrière les rideaux. M’étais-je mis à halluciner ? C’était comme si ce moment n’avait jamais existé.
Tout le long du chemin jusqu’au travail, je me demandais comment j’ai pu être aveuglé par une clarté si fugace et fugitive.
Adorable spectre, je ne sais pas qui vous êtes, mais j’espère que nos chemins se recroiseront au détour d’un nouvel accident.

Première soirée

Quelque chose avait changé dans mes habitudes. Je venais d’attraper une sorte de réflexe conditionné, comme un vrai petit chien de Pavlov. Dès ma rentrée du travail, il ne s’est pas passé une seule minute sans que je n’oriente la tête en direction de l’appartement d’en face.
Tout en voyageant du salon à la cuisine, j’essayais toujours d’avoir toujours la fenêtre dans ma ligne de mire. Pourtant, aucuns signes de vie n’en émanaient. Un seul détail avait changé, les rideaux étaient maintenant ouverts. La situation m’apparut dans toute sa stupidité. Cela faisait peut être plusieurs années que cette personne vivait là, sous mon nez, et c’est seulement aujourd’hui que je la remarque. Vaut mieux tard que jamais, comme disent les autres.
Alors que l’obscurité commençait à engloutir la ville, la lumière se mit à jaillir de l’appartement. Une manifestation ! Je lâchais ma tasse de thé pour me précipiter vers la fenêtre. On arrivait plus ou moins à distinguer l’intérieur. Il s’agissait d’un salon, meublé d’un pouffe, d’une table basse, ainsi que d’une bibliothèque richement remplie.
J’étais comme un moustique en pleine danse nocturne d’un néon. Je guettais un quelconque mouvement. Ce corps si fuyant se matérialisa enfin après quelques instants ! Elle revêtait un pull-over noir en laine épaisse et ses jambes étaient serrées dans un pantalon de velours côtelé brun.
Pour l’instant, je ne voyais que son dos et ses cheveux tombants gracieusement sur ses épaules.
Après quelques secondes d’hésitations, elle tira un livre de la bibliothèque. J’étais malheureusement trop loin pour en discerner l’auteur ou même le titre. Puis, elle se laissa tomber dans le pouffe qui se mit à épouser ses formes. Je pouvais distinguer maintenant son profil. Elle semblait totalement déconnectée, comme si la simple ouverture du bouquin l’avait plongé dans un autre univers. Elle n’était plus avec nous.
De temps à autre, elle mordillait son index. On aurait dit une sorte d’instinct, afin que la douleur la fasse sortir de ses songes. Le fait qu’elle puisse m’apercevoir ne m’effleura pas du tout l’esprit. J’étais, moi aussi, plongé dans mon « livre », dans mon « histoire ». Il est toujours plus pratique d’écrire les histoires que l’on voudrait lire.

Mon observation fut brusquement dérangée par la sonnette de mon appartement. Je pris la décision de ne pas aller ouvrir et de rester bien consciencieusement à ma fenêtre, de peur qu’elle ne s’échappe à nouveau. Mais la sonnerie devient de plus en plus insistante. Je quittai finalement mon poste pour me diriger vers la porte. Un squelette et une citrouille géante se trouvaient sur mon palier. Il me fallut quelques secondes de réflexions avant de m’apercevoir qu’il s’agissait de gamins déguisés. Ils se mirent à hurler :
- Des bonbons ! Des bonbons ! Ou sinon gare à vous !
Je ne me rappelais plus du tout que nous étions le soir d’Halloween. Je n’avais pas de bonbons, mais il fallait pourtant trouver quelque chose à donner à ces deux gosses afin qu’ils me laissent tranquille. Je les ai fais patienter avant de revenir avec deux pauvres barres chocolatées.
Le squelette les saisit avec ardeur avant de les détailler. Il demanda avec une voix d’outre tombe :
- C’est tout ?
Je leur fis comprendre que je n’avais rien de plus intéressant à leur offrir. La citrouille se mit à taper rageusement du pied :
- C’est naze ! Allez viens, on s’tire.
Dépités, ils firent quelques pas jusqu’à la porte du voisin, leur nouvelle victime, et sonnèrent.
Il était cependant trop tard pour moi, ces quelques minutes de dérangement me furent terriblement fatales. A mon retour à la fenêtre, elle n’était plus là. Le livre gisait fermé sur le pouffe. Elle n’est revenue que plus tardivement afin d’éteindre le lumière et de tirer les rideaux. Je ne pu l’apercevoir que furtivement. Le temps avait passé a une vitesse phénoménale et je n’avais rien fait d’autre que d’attendre et observer.
Une fois dans mon lit, je me sentis honteux. Mais ce sentiment laissa sa place à une sorte de bien-être lorsque je me suis mis à fermer les yeux.

Seconde matinée

Je fus réveillé très tôt ce matin là, l’esprit encore hanté par les souvenirs de la veille. La rue était vierge et calme. Le silence ne fut troublé que par l’arrivée des éboueurs. A côté des poubelles se trouvait un sac plastique blanc contenant les restes du bac à géraniums. Un des employés de la voirie le jeta nonchalamment dans les terribles mâchoires de l’arrière du camion.
Le soleil n’était pas encore levé mais j’étais déjà prêt, douché et habillé. Il me fallait absolument savoir qui était cette femme. Je décidai de profiter de mon avance afin de me rendre dans la cage d’escalier de son immeuble. J’avais l’impression d’entrer dans un lieu interdit. Une boule tenaillait mon ventre, comme chez les enfants ayant peur de se faire prendre en commettant une bêtise. Dès que je franchi la porte, la lumière du hall se déclancha automatiquement et me fit sursauter. Mon cœur battait à cent à l’heure.
Les boites aux lettres se trouvaient juste devant moi. Il y en avait des dizaines et elles semblaient entassées les unes sur les autres. Impossible de savoir laquelle était la bonne, les prénoms féminins inscrits dans les petites rectangles étant abondants. Il n’y avait plus qu’une seule solution : se rendre à son étage.
Je me mis alors à gravir les marches, tout en essayant de faire le moins de bruits possibles. Certaines craquaient sous mon poids. Je me tenais nerveusement à la rambarde, je l’agrippais de toutes mes forces comme si ma vie en dépendait. Tu es en train de faire une connerie, mon vieux.
Je me croyais dans un phare, essayant d’arriver finalement au sommet. Le marches ne finissaient pas de défiler alors que je n’avançais cependant que très lentement. Puis vient en fin le fameux étage. Le couloir semblait sans fin et les portes innombrables.
Toujours en faisant très attention de n’émettre aucun bruit, je me mis à faire le tour des inscriptions au dessus du bouton des sonnettes. « Famille X. », « Famille. Y ». Puis, son nom surgit au milieu de cet amas de familles : « Anne Volonski ».
J’y étais. L’emplacement semblait correspondre parfaitement. C’était donc derrière cette porte close que tout se passait. Je me mis à faire mentalement la carte de l’appartement. J’imaginais un tout petit vestibule qui devait probablement donner sur le salon. Le pouffe devait être là et le livre toujours abandonné dessus. Par la fenêtre, derrière le rideau rouge et jaune, on pourrait apercevoir mon immeuble et, surtout, mon chez moi.
La cuisine serait sur la gauche. Mais le plus intéressant se trouverait sur le côté droit : la chambre à coucher. Elle serait encore probablement en train de dormir, enveloppée dans ses draps soyeux et parfumés. Que de douces visions dans mon esprit.

Une porte se mit sèchement à claquer juste derrière moi. Je me mis à pousser un cri qui raisonna dans tout l’immeuble. Je me détournai et aperçu un homme en train de fermer à clé son appartement. Il ne semblait pas avoir prêté attention à ma présence. Il enroula son écharpe autour du coup avant de se détourner et de me regarder. J’étais planté là, comme un imbécile, devant lui. Je ne savais pas quoi faire, je ne bougeai plus. Comme un homme se retrouvant nez à nez avec un ours.
- Tu veux ma photo, ducon ?
Tel furent ses premiers et derniers mots avant de quitter son palier. J’entendais ses pas faire craquer toutes les marches de l’escalier sans exception. Il fit ensuite valdinguer la porte d’entrée. Un chien se mit à aboyer dans un des appartements du rez-de-chaussée. J’attendis que le calme fût revenu avant de détaler de l’immeuble.

Seconde soirée

De toute la journée, je n’avais à l’esprit que ma prochaine rencontre secrète avec Anne. J’imaginais les rideaux s’ouvrir, dévoilant son visage et son corps. Là, plantée en face de mon balcon, elle me ferait signe de venir la rejoindre. Nous nous enfermerions tout les deux pendant des jours et des nuits entières, ne faisant plus qu’un.
Malheureusement, la réalité était tout autre. J’attendais pendant d’interminables minutes que la lumière de son salon vienne crever la nuit. Minuscule lucarne tentatrice et si désirable.
Mais ce soir, j’ai quand même prit mes précautions. J’ai légèrement baissé les stores, plongé mon appartement dans le noir, et barricadé mon « poste ». Je pouvais ainsi observer à ma guise ses allez et venues. Elle portait une chemisette jaune et un jean délavé. Elle semblait très agitée, ne daignant pas s’installer sur son pouffe pour continuer sa lecture de la veille. Ce si violent sentiment de honte m’assaillit à nouveau. Je suis vraiment un couard, un bon à rien. Je ressemblais à un chasseur à l’affût, traquant sa cible. Les choses pourraient être simples, tellement plus simples. Il fallait que j’agisse une bonne fois pour toute.
J’ai quitté la fenêtre et me suis dirigé vers mon ordinateur afin de me connecter sur le site Internet des pages blanches. Dans la case nom et prénom, j’ai tapé Anne Volonski. J’ai ensuite ajouté l’adresse exacte, de peur de tomber sur un quelconque homonyme. On n’est jamais trop prudent. Après quelques secondes d’attente, le site m’a donné son numéro.
Je l’ai introduit dans mon téléphone portable et j’ai rejoins le « poste d’observation ».
Ce fichu mal vient tripatouiller mon ventre à nouveau, comme ce matin dans l’immeuble. J’ai inspiré une grande bouffée d’air avant d’appuyer sur la touche d’appel.
Quatre sonneries passèrent avant que je n’aperçoive Anne arriver dans le salon. Elle saisit le combiné de son téléphone, qui se trouvait sur la table basse. C’est ainsi que sa voix, qui semblait à la fois douce et anxieuse, atterrit pour la première fois dans le creux de mon oreille.
- Oui, qui est-ce ?
De la musique, diffusée apparemment à un volume élevé, étouffait presque ses paroles.
Je n’osais rien répondre sur le moment, ce qui créa un blanc plutôt malsain. Elle le rompit finalement :
- Allo ? Il y a quelqu’un ?
J’étais toujours tétanisé. Je la vis, perplexe, sur le point de raccrocher le combiné.
- Heuuum, non excusez moi, je suis là.
Elle cola à nouveau le téléphone contre son oreille.
- Qui êtes-vous ?
- Voilà, en fait je travaille, heummm, pour les assurances Phénix. J’aurais aimé savoir…
Elle me coupa net, d’un air ferme et décidé :
- Les publicités ne m’intéressent pas.
Elle raccrocha. Alors que les bips agaçants du téléphone agressaient mon audition, je la vis tirer les rideaux.
Des petites gouttes de sueur commencèrent à couler. Non, c’est impossible, elle ne peut pas savoir que c’est moi qui lui ai téléphoné. Elle ne m’a pas repérée, je dois délirer. Mais, hier soir, elle n’a pas tirée les rideaux aussi tôt. Que se passe t’il ? J’avais l’impression que l’on me crevait les yeux et les tympans. Il ne me restait plus que la parole, pour me traiter d’imbécile et m’insulter à haute voix. Non mais regardes toi, vieux voyeur vicieux. C’est cela que tu veux devenir ?
Après m’être ressaisis, je me suis rendu dans la cuisine afin de me faire un bol de corn flakes.


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MessagePosté le: Mer 2 Nov - 13:23 (2011)    Sujet du message: Publicité

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