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Vies-à-vies (3ième et dernière partie)

 
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Chinaski
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Hors ligne

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MessagePosté le: Mer 2 Nov - 13:25 (2011)    Sujet du message: Vies-à-vies (3ième et dernière partie) Répondre en citant

Cinquième matinée

J’étais on ne peut plus anxieux au travail. Ma tendre Anne s’était encore dérobée à mes yeux pétillants. Cette fois, les carottes étaient peut être cuites. J’ai sentis le poids de son regard durant toute la nuit. J’étais repéré, il ne pouvait en être autrement. Je m’imaginais devoir abandonner nos escapades, la mort dans l’âme.
J’attendais également la pause avec impatience, afin de rencontrer Erwan. Après la disparition, j’ai du réellement me contenter de lui décrire Anne par mémoire. Heureusement, elle était impeccablement affûtée et précise quand il s’agissait de mademoiselle Volonski. Je crois que nous avons bien passé quatre heures au téléphone, à travailler comme des forcenés. Lui avec son crayon, moi avec mes synapses. Le résultat ne pouvait être qu’à la hauteur de mes espérances.

Erwan buvait son café à la table habituelle. Il semblait fatigué. Un large paquet brun traînait à ses côtés. Cela provoqua en moi un bonheur absolu.
- Alors, heummm, c’est le portrait ?
Il opina du chef tout en poussa le paquet dans ma direction. Mes doigts se mirent à courir sur l’emballage, déchirants les morceaux de scotchs disséminés un peu partout.
- Et mon argent, me rappela Erwan ?
- Ah, heumm, oui.
Je posais le paquet afin de sortir mon porte monnaie.
- Je ne te cache pas que j’attends un peu plus que la somme promise. J’ai travaillé toute la nuit.
- Pas de problèmes, heumm, attend.
Je lui donnais la somme convenue ainsi qu’un petit supplément. Il le méritait bien, après tout, et rien n’est trop onéreux pour Anne. Alors qu’il comptait ses billets, je viens à bout de l’écrin renfermant le précieux portrait. À la vue de ce dernier, une enclume heurta mon crâne. C’était absolument horrible. Ce n’était pas du tout cela ! Je ne reconnaissais aucuns traits. Il s’agissait bien d’une femme, certes, mais ce n’était pas Anne. Ce n’était qu’une personne quelconque, sans expressions et incarnation. Erwan remarqua tout de suite mon teint qui commençait à virer au rouge.
- Cela ne te plais pas ?
J’essayais de me contenir, en vain. L’explosion fut sanglante :
- Si je suis content ? C’est immonde ! Ce n’est absolument pas ressemblant. C’est une vulgaire caricature ! De l’arnaque, voilà, c’est de l’arnaque !
Il monta sur ses grands chevaux à son tour :
- T’es gonflé, tu devrais plutôt me remercier ! J’ai travaillé comme un demeuré sur cette commande ingrate. Et qu’est-ce que j’avais pour m’aider ? Uniquement tes descriptions débiles. Tu crois qu’un artiste peut oeuvrer décemment dans ces conditions ?
J’étais une vraie furie. Il osait remettre en doute mes capacités à lui décrire cette femme que je connaissais si bien. Ce ne n’était pas seulement une insulte envers ma personne, c’en était également une contre Anne !
- Mes descriptions débiles ? Tiens, voilà ce que je t’en fais de ta croûte.
En un éclair, le portrait fut réduit en miettes par mes mains vengeresses. Erwan en était horrifié :
- Sale con va ! Si tu crois que je vais te rembourser, tu te mets les doigts dans l’œil ! Au final, c’est moi qui y gagne après tout.
À ces paroles, je lui tournis le dos et repris le chemin de ma place de travail. Je n’arrivais à m’ôter de l’esprit le souvenir de cet ignoble portrait. On aurait dit une créature tout droit sortit d’un roman de Shelley. Anne, ma pauvre Anne, qu’elle injure ! Heureusement, tu es vengée. Tu ne veux pas que l’on t’immortalise, soit. Je respecte tes désirs. Mais rassures toi, nous serons bientôt réunis.

Cinquième soirée

Il fallait crever l’abcès, une bonne fois pour toute. J’étais décidé à aller la trouver afin de tout lui raconter. L’intégralité de l’histoire, du premier au dernier chapitre. Sans masques, sans mensonges. Je ne pouvais plus vivre avec ce poids sur le dos. Dans le bus, en rentrant, j’avais l’impression que tout le monde me clouait du regard. Misérable et honteux, voilà ce que je suis. Tu sauras tout, Anne, absolument tout. Arrivé à mon arrêt, je pris directement la direction de son immeuble. On s’avançait de plus en plus vers l’hiver et le froid glacial. La nuit tombait de plus en plus vite au fil des jours. En un rapide coup d’œil, je vis que la lumière émanait déjà de sa fenêtre. Sans me poser de questions, j’ai franchis la porte d’entrée. Dans le hall, le vieux concierge était en train de récurer le carrelage. Il ne remarqua pas ma présence avant que je ne passe à ses côtés.
- Faites attention, z’viens de récurer ! Mais j’vous reconnais ? Z’etes le type de l’autre fois. Je dois vous dire que mademoiselle Volonski m’a affirmée qu’elle ne connaissait pas de monsieur François Ferdinand.
Je me mis à rire jaune, tout en essayant de ne faire mine de rien :
- Ah, heumm, mais c’est une blague entre nous en fait. Désolé, mais je suis pressé !
Je me mis à courir en direction des escaliers comme si ma vie en dépendait. J’entendais la voix de plus en plus distante du concierge :
- Attendez ! Elle…

Je venais d’effectuer le plus beau sprint de ma carrière. Mais l’endurance n’était pas ma tasse de thé, j’étais essoufflé une fois parvenu jusqu’à l’étage d’Anne. Je me repris quelques instants avant de continuer jusqu’à sa porte. Sans hésiter une seule seconde, j’appuyais sur le bouton de la sonnette. Pas de réponses. J’appuyais une seconde puis une troisième fois. Personne ne venait. J’entendais des pas précipités dans la cage d’escalier. Sûrement le vieux concierge sénile qui s’était mis à me courser. J’ai finalement saisis la poignée et je suis entré à l’intérieur de l’appartement. Une fois la porte fermé, j’actionnais le verrou. J’y étais enfin ! Chez elle et nulle part ailleurs ! Oh comme c’était grisant !
Tout était comme je l’avais imaginé : le petit vestibule qui donnait sur le salon, la cuisine sur la gauche etc.
Fabuleux, mes enfants, fabuleux ! Il n’y avait cependant pas âme qui vive. Elle avait sûrement due effectuer une course imprévue. Ce n’était pas plus mal, en fin de compte. Ainsi, j’avais tout le temps de prendre mes aises. Je posais ma veste sur le pouffe si emblématique et me mis à feuilleter quelques livres dans la bibliothèque. Thomas Hardy, Edgar Poe, Emily Dickinson et John Kennedy Toole côtoyaient des revues de cinéma et l’étude de Kubrick par Michel Ciment.
Tous ces ouvrages avaient été touchés et dévorés par Anna. De vraies reliques, en somme.
Des coups violents émanèrent de la porte. C’était le concierge :
- Mademoiselle est pas là ! Sortez d’ici, que qu’vous soyez ! Je dois vous z’avertir que j’ai appelé la police !
Je faisais semblant de ne rien entendre. Je laissais la bibliothèque pour me rendre dans la chambre à coucher. Elle n’était quasiment pas meublée. Le lit d’Anna paraissait ridiculement petit. Les couvertures et oreillers étaient vert pomme et couverts de symboles chinois. Un verre vide ainsi qu’un DVD du « Road To Nowhere » de Hellman étaient posés sur la table de nuit.
Alors que le concierge s’acharnait toujours contre la porte, je m’assis sur le lit avant de m’abandonner et de me coucher de tout mon long. C’était incroyablement moelleux, comme dans un songe. Le parfum si subtil d’Anna venait chatouiller mes narines. Je le jure : jamais de ma vie je ne me suis sentis aussi bien. Je fixais le plafond avec calme et volupté. Je n’entendais même plus les poings du vieux venir buter contre la porte. J’avais envie que cette sensation ne disparaisse jamais. Je pris une profonde respiration avant de fermer les yeux. Je n’étais pas plongé dans le noir, mais dans un nombre indéterminables de flashs et de couleurs. On aurait dit des cascades cosmiques. Un fleuve s’écoulait fièrement devant moi. Ma barque était prête. Je me mis à rêver.


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MessagePosté le: Mer 2 Nov - 13:25 (2011)    Sujet du message: Publicité

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Dame ondine
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Inscrit le: 27 Juil 2009
Messages: 7 215
Localisation: ROYAUME-UNI

MessagePosté le: Lun 14 Nov - 17:18 (2011)    Sujet du message: Vies-à-vies (3ième et dernière partie) Répondre en citant

Et tout d'abord, avant que je commente, je l'ai lu- les 3 épisodes en quelques minutes,,,et c'est vraiment le genre de lecture que j'aime

C'est une vision tellement cinématographique. Dès le début, les images, si fortes, si définies, s'enchainent, ainsi que les bruits, ce qui est si important pour l'atmosphère, pour établir quelquechose de crédible, un endroit, qui fait que le lecteur a envie de continuer à lire.[ Je dis cinématographique, justement, parce que je n'ai noté aucun parfum .... Very Happy , joke!] Règles d'or d'un VRAI metteur en scène, pas tous ces patouilleurs qui accumulent des prises de vue sans fil conducteur, et vous êtes définitivement un metteur en scène mon cher chinaski.


C'est tellement"Action!".Les descriptions sont anecdotiques, seulement pour fixer l'esprit, il n'y a pas de ces longues divagations dont tant d'auteurs abusent. Il y a une balance entre descriptif, action, et, éventuellement quelques petits points de l'auteur, ou, du moins de la personne qui dit JE.

J'ai adoré les petits détails . comme les horrribles gaminsqui s'attendent à des chocolats de luxe le soir d'Halloween

J'ai aimé la plupart des métaphores- important dans l'écriture-je les ai pas notées, ça faisait un peu trop "étude de textes", elles sont originales, mais bien intégrées et on ne sent pas l'effort de quelqu'un qui veut épater[ ce qui est , malheureusement bien souvent le cas-c'est naturel, comme quelqu'un qui parle.

J'aime aussi la façon dont les personnages secondaires sont introduits dans le récit: le voisin, le concierge, le dessinateur. Ils sont vrais, palpables, vivants exactement, je me répète, comme dans les vrais bons films[ c'est bizarre, tout à coup, je pense à David Lynch]


Je ne suis pas trés sure quant à la chute

Je sais que vous aimez laisser la porte ouverte[ ce n'est pas la première fois] Peut-être, cette fois-ci aurais-je juste aimé un indice, a clue pour mon imaginaire???

Ceci dit, chapeau pour l'écriture, ce genre est si difficile à maitriser

Bien joué Chinaski, sorry si j'ai tar Very Happy dé pour le com, mais l'aspirine et les grogs ne sont pas de trés bon conseillers Very Happy

Danie

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MessagePosté le: Aujourd’hui à 03:09 (2016)    Sujet du message: Vies-à-vies (3ième et dernière partie)

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