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L'image de la défunte

 
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Athénor
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MessagePosté le: Dim 22 Juin - 15:02 (2014)    Sujet du message: L'image de la défunte Répondre en citant

Extrait du recueil Le squelette amoureux.


L’image de la défunte


L’image de l’aïeule en toilette restreinte

Dans un beau cadre en bois régnait sur le buffet ;

C’était de mauvais goût, d‘une lugubre astreinte.


Quel était le souhait d’exposer à l’effet

La femme dont l’aurore avait fui les paupières,

L’armoire conservant le plus bel attifet ?


Nos yeux étaient fixés sur ces tristes lumières

Sinistres rappelant l’outil très acéré

Qui plane tel un aigle aux ailes régulières.


Détournant nos regards, la chair a respiré

Le parfum des vivants qui hantaient la demeure ;

Puis fuyant dans un pré chacun s‘est aéré.


Pourquoi se rappeler que demain sonne l’heure ?

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L’image de l’aïeule en toilette restreinte

Attirait les regards plus qu’un joli tableau ;

Et la pièce, d’ailleurs, par sa face était peinte.


Un peintre avait cru bon de livrer son pinceau

Aux bêtises d’enfants dont la mère était morte

Et qui voulaient la voir dans son dernier berceau !


Ainsi, pour quelques francs, un artiste colporte

Son art pour un repas en bradant son talent !

Pourquoi n’a-t-il pas peint le cercueil et l’escorte


Le cimetière en pleurs toujours si somnolent,

La fosse impatiente et le teint d’une cendre,

Et le mal emmené puissant et violent ?


Nous n’avons pas compris que quelqu’un puisse vendre

Une œuvre inconvenante, en être satisfait !

Le visage soigné paraissant nous comprendre


Dans un beau cadre en bois régnait sur le buffet

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Dans un beau cadre en bois régnait sur le buffet

L’existence flétrie et détruite par l’âge ;

L’indifférence était en face de ce fait.


Nous sommes de raison qu’il faut rendre un hommage

Pas seulement le jour suppléant la Toussaint

Mais cet encadrement créait plus d’un dommage


Les petits ignorant quel était le dessein

Des anciens qui formaient leurs âmes si sensibles

Croyaient bien plus au glas qu’au bienveillant tocsin.


Ce corps dans son linceul nous prenait comme cibles

Et nos yeux si vivants admettaient l’avenir

Car devant nous étions des êtres accessibles.


Dès lors, nous devenions un simple souvenir

À l’heure subissant cette grave contrainte

D’observer cette chair n’ayant plus à souffrir


C’était de mauvais goût, d’une lugubre astreinte

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C’était de mauvais goût, d’une lugubre astreinte

Dès lors que vous étiez invités au repas ;

De face ou dans le dos, vous sentiez une empreinte.


Afin de vénérer les plus beaux de ses pas

Les enfants auraient pu nous montrer sa jeunesse

Plutôt que d’exposer l’image du trépas.


Elle aimait tant les fleurs et les parfums d’ivresse

Qu’un bouquet pouvait vivre au milieu du salon !

Mais nous ne pouvions voir que des traits de vieillesse.


Le fils pouvait jouer Mozart au violon

Et la fille chanter quelques vers de Virgile !

Aimant l‘art, elle aurait adoré l‘oraison.


Le pire est quand l’abbé, venant à domicile,

A parlé, lors chacun s’est déclaré forfait

Car il ne discutait que de la chair fossile.


Quel était le souhait d’exposer à l’effet ?

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Quel était le souhait d’exposer à l’effet

Dans une pièce sombre où se morfond la lune

Un cadavre déjà jugé par le parfait ?


Mes amis avouant leur mauvaise fortune,

J’ai suivi leur chemin décoré de plaisir

Sans garder, un instant, en mon cœur la rancune.


De revoir la maison s’enfuyait le désir,

Nos esprits refusant de subir le voyage

Si heureux de pouvoir décider et choisir.


Sur la route, pourtant, face au fier paysage

Nous avons réfléchi comme des vieux le font

Pensant qu’il fallait prendre un grand soin de notre âge.


En nous imaginant déposés sur un fond

Livide, fait d’un drap et plus froid que les pierres

Nous avons tous revu dans un soupir profond


La femme dont l’aurore avait fui les paupières.

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La femme dont l’aurore avait fui les paupières

Semblait sereine, belle, admise en un confort

Ignoré des vivants et loin de leurs chaumières


Pourtant, nous étions prêts à produire tout effort

Pour ne pas exposer une pâle figure

Même s’il fallait croire et chercher du renfort.


Nous avions le tableau sans aucune envergure

De l’aïeule en mémoire et nous avons admis

Que réfléchir en sage est de très bon augure


Afin de ne pas être au rendez-vous promis,

Sans que ce soit le jour, quarante ans en avance ;

Cruel est le chagrin de perdre des amis.


Nous ne boirons jamais au ruisseau de jouvence

Et nos graines ne sont pas celles de Japhet

Dès lors, il ne faut pas que la mort nous devance


L’armoire conservant son plus bel attifet.

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L’armoire conservant son plus bel attifet

Souffrez que nous soyons encor là des années

Même si notre cœur peut paraître imparfait.


Si notre âme obéit à nos chairs qui sont nées

Le bon choix ne doit pas être ignoré de nous

Tout humain possédant diverses destinées.


Vous pouvez vivre droits, fragiles, à genoux

Il vous faut écouter ce que transmet votre âme

Sans vous tromper sinon surviennent les remous


Sur le visage mort de cette vieille femme

Nous avons vu des jours connaissant la douleur

En face des chemins proposés par la flamme


Que choisir ? Je ne sais, le noir ou la couleur !

L’aventure ou l’amour de nos mains familières !

Quelle est la route offrant le sens de la valeur ?


Nos yeux étaient fixés sur ces tristes lumières.

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Nos yeux étaient fixés sur ces tristes lumières

Car il n’est pas joyeux de devoir réfléchir

Afin d’éliminer de funestes barrières.


La chair est toujours prête à flancher, à fléchir;

Nous pouvons préférer le bon vin à la source,

De la fidélité souvent nous affranchir,


Et ne pas délier les cordons de la bourse

Le pauvre connaissant encor un jour de faim,

Ne viennent les regrets qu’à la fin de la course.


Dès que nous sentirons, de la mort, le parfum,

Et bien qu’un orateur en délire nous flatte,

Nous saurons qu’un bonheur se vit avant sa fin.


Quand ne coulera plus le liquide écarlate,

Malgré que l’on décrive un profil admiré,

Nos souvenirs seront un fruit qui se frelate,


Sinistres rappelant l’outil très acéré.

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Sinistres rappelant l’outil très acéré,

Nos poisons vicieux définiront tout acte

Qui nous fît observer tel un être éclairé.


Chacun peut une nuit manigancer un pacte

Avec le Diable ainsi devenir plus puissant

La pièce de nos jours se termine à l’entracte.


Et lorsque nous rendons le souffle puis le sang

La porte qui s’entrouvre est celle des ténèbres,

Avouer serait vain, nul n’est un innocent.


Des profils inconnus aux visages célèbres

Aucun ne peut nier sa culpabilité

Et prétendre à survivre aux musiques funèbres !


De la suprématie à la servilité

Aucune âme ne veut nous montrer les clairières

Si ce n’est en vivant sur la crédulité


Qui plane tel un aigle aux ailes régulières.

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Qui plane tel un aigle aux ailes régulières ?

La faux en décrivant un ultime soleil !

Ses façons d’appeler nous semblent cavalières.


Lorsque la mort arrive éteignant le réveil

Que peut-il advenir de notre corps sans vie ?

Une aventure neuve ou le profond sommeil !


Quand le corps est mangé, l’âme est-elle ravie

Auprès de l’Eternel ou revient-elle à l’eau

Attendant de renaître aussitôt par envie ?


Nous pensions à l’aïeule en ce triste tableau

Décorant le buffet dans cette maisonnette

Où personne, jamais, ne versait un sanglot.


Ainsi, cette défunte à la simple toilette

Serait-elle, à présent, dans un ciel épuré ?

Quand nous nous sommes vus perdre notre squelette


Détournant nos regards, la chair a respiré.

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Détournant nos regards, la chair a respiré ;

Aux jeunes de vingt ans, le vent est nécessaire

Diffusant un blanc-seing plaisant mais murmuré.


Et nous avons compris que le seul adversaire

Qui créait un obstacle au plus simple bonheur

Était notre bêtise à jouer au faussaire.


La franchise, toujours, nous offre une lueur

Permettant de nous voir dignement dans la glace

Sans souffrir de la gêne encor moins de la peur.


Ainsi l’honnêteté ne demande pas grâce ;

Nul ne peut l’emmener devant un échafaud

Et la parole vraie à jamais ne s’efface.


Dans notre inconscient où niche le gerfaut

Nous devions évincer ce partisan de l’heure

Violente et sentir, détestant ce défaut,


Le parfum des vivants qui hantaient la demeure.

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Le parfum des vivants qui hantaient la demeure,

Notre intime jardin où se sème l’amour

Lorsque, sincèrement, il délaisse le leurre.


A vingt ans, nous devions profiter du séjour

Sans aucun artifice et puis de sa magie

En sachant mélanger la nuit avec le jour.


Les deux sont le présent et toute nostalgie

Devait en la mémoire affronter un exil

Que nos forts souvenirs ne fassent pas d’orgie.


Nous pouvions en créer qui tiendraient sur un fil

Afin que le vécu soit dans les oubliettes

Dès que l’Esprit vivrait un instant plus subtil.


Si nous devions laisser nos mémoires muettes

Nous pouvions oublier tous les miséréré

Transformant les humains en pâles silhouettes.


Puis fuyant dans un pré chacun s’est aéré.

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Puis fuyant dans un pré chacun s’est aéré

En ayant dans l’esprit l’image de mamie

Sur le drap du repos qui n’est pas espéré.


Si nous voulions manger de notre pain la mie

La croûte passerait, elle aussi, par nos dents ;

Nous devions, du bonheur, faire l’économie


Mais si notre jeunesse aux gestes imprudents

Ne nous évitait pas l’action qui poignarde

Il fallait dans nos cœurs être moins trépidants.


Nous avons décidé de conserver la garde

Afin de protéger ce qui semble vital

La raison bien avant qu’elle soit trop blafarde


Nous n’avons jamais craint le mouvement frontal

Mais il faut l’éviter avant qu’il nous effleure

Car le conflit peut être, à tout moment, létal,


Pourquoi se rappeler que demain sonne l’heure ?

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Pourquoi se rappeler que demain sonne l’heure ?

Quand le moment viendra par surprise ou prévu

Nous saurons où trouver la dernière demeure.


Et depuis cet instant où nous avons tous vu

Le corps de la défunte en un beau cadre en chêne

Nous avons pris le temps face à tout imprévu


Ainsi, depuis ce jour, le présent nous enchaîne

Libérant le bonheur, nomade impatient,

Et si nous l’ignorons, l’angoisse est souveraine.


Si bat en la poitrine un cœur déficient

Il n’est pas un souci qui ne soit la contrainte ;

Dès lors, notre regard observe conscient


L’image de l’aïeule en toilette restreinte.

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Athénor


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MessagePosté le: Dim 22 Juin - 15:02 (2014)    Sujet du message: Publicité

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Melenea
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MessagePosté le: Lun 23 Juin - 19:03 (2014)    Sujet du message: L'image de la défunte Répondre en citant

J'ai commencé à lire, la toute première partie, puis j'ai continué, mais j'ai cessé pour reprendre plus tard. J'en ai compris la structure, le premier poème tenant par ses vers tous les autres poèmes... Alors ma première impression sur mes débuts de lecture... J'aime tout simplement, dans le sens, le recherche dans le vocabulaire, la philosophie, et très certainement le questionnement que nous pouvons avoir vis à vis de la mort. Tout dépend toujours du spectateur, de ses liens avec la disparue, et même si je n'ai pas terminé ma lecture, j'y reviendrai, car j'ai aimé le début...


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Athénor
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Messages: 38
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MessagePosté le: Mar 24 Juin - 04:28 (2014)    Sujet du message: L'image de la défunte Répondre en citant


Bonjour Mélénéa,

 

Un jour, j’ai vu, dans une maison, la photo d’une personne morte sur le buffet du séjour.

J’ai donc inclus ce fait dans la nouvelle Le squelette amoureux.

Ce recueil est composé avec différentes formes poétiques classiques.

Il commence par une couronne de sonnets estrambots, suit la terza rima, etc…

Merci d’apprécier et de continuer à me lire.

Bonne journée

Athénor

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Athénor


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Dame ondine
Modérateur

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MessagePosté le: Mar 24 Juin - 15:54 (2014)    Sujet du message: L'image de la défunte Répondre en citant

Moi aussi, j'ai commencé à lire, et si je me suis arrêtée ce n'est pas par ennui, c'est que j'ai besoin de digérer avant de poursuivre. Me semble que celui-ci va être un de ceux que j'imprime et sur lequel je peux revenir

PS: Ça risque de prendre un certain temps, demande aux autres Very Happy

Ondine
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Athénor
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MessagePosté le: Mar 24 Juin - 16:00 (2014)    Sujet du message: L'image de la défunte Répondre en citant

Merci Ondine.

Cette couronne suit, dans le recueil le Squelette amoureux, une autre couronne
qui débute l'ouvrage, celle de sonnets estrambots...19 poèmes de 14 vers chacun.

D'après certains poètes que je connais, c'est la première fois qu'une telle couronne
a été composée.

C'est aussi long à lire.

Bon après-midi

Athénor
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Athénor


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 22:16 (2017)    Sujet du message: L'image de la défunte

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